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L’assurance à la demande : que se cache-t-il derrière cette révolution actuarielle ?

Compte-rendu de la table-ronde organisée dans le cadre de l’Argus Factory

A pay-per-use world

Les 3 et 4 juillet derniers, l’Argus de l’assurance organisait l’Argus Factory, deux jours de conférences, ateliers et tables-rondes consacrés à la transformation du monde de l’assurance.

A cette occasion, Philippe Tremoureux, DG de R&B Partners, a invité BrainsWatt à animer une table-ronde consacrée à l’assurance à la demande, et à s’interroger, en compagnie de Pierre Stanislas (CEO et co-fondateur de Wilov) et de David Gascoin (CEO et co-fondateur  de VALOO), sur les implications de cette révolution actuarielle.

Dans un monde technologique où la data est le nouveau pétrole, établir une relation client solide devient central car c’est un moyen sûr d’obtenir cette donnée. Pour que cette relation soit la plus pertinente possible, de plus en plus d’offres s’ajustent pour permettre au consommateur de ne payer que ce qu’il consomme. Ces nouvelles tendances s’appliquent également au monde de l’assurance.

Les intervenants

Wilov (représentée par Pierre Stanislas, son co-fondateur et CEO) est une assurance auto 100% digitale, qui propose une formule « Pay when you drive » adaptée aux conducteurs n’utilisant pas leur voiture tous les jours. L’utilisateur paie un forfait de base, qui couvre les dommages pouvant survenir sur le lieu du stationnement, et l’appli enregistre le démarrage du véhicule et déclenche un forfait d’assurance pour 24 heures de conduite.

Valoo (représentée par David Gascoin, son co-fondateur  CEO) est une start-up qui propose un service d’inventaire de biens en ligne pour faciliter les déclarations de sinistres et permet désormais également d’assurer des objets à la journée. Il suffit d’enregistrer un bien sur l’application et de cliquer sur un bouton pour démarrer ou arrêter l’assurance. L’utilisateur paie seulement quand il a activé l’assurance.

Start with Why

Ces deux startups ont en commun d’avoir parfaitement identifié leur « Why ? », raison d’être de leur existence. Pour Wilov, accompagner et « récompenser » la tendance à moins utiliser sa voiture ; pour Valoo, occuper un créneau jusque-là laissé vacant : l’assurance ponctuelle des objets en mobilité.

Les créateurs de Wilov et Valoo s’inscrivent ainsi dans la veine de la génération Flux, ces créateurs d’entreprise qui rebattent les cartes de l’entreprenariat en donnant une place grandissante au sens de leur mission. Pierre Stanislas a par exemple expliqué que les clients de Wilov ont eux-mêmes modifié leurs pratiques après leur souscription à l’assurance, renonçant à utiliser leur voiture sur des petits parcours qu’ils peuvent faire à pied per exemple. David Gascoin (Valoo) a quant à lui rappelé l’importance de proposer un produit fair (juste, équitable) et transparent.

L’importance des communautés d’utilisateurs

Les deux CEO ont évoqué les communautés d’utilisateurs, dont nous avons déjà décrit l’importance ici. Fort d’une solide communauté de early adopters, Wilov a mis en place des systèmes de rétribution du parrainage très avantageux et qui obligent le parrain à présenter au parrainé les avantages et l’intérêt de cette app. Valoo a, pour sa part, attendu d’être bien identifié par une petite communauté d’utilisateurs avant d’entamer une communication plus large. Son créateur a par ailleurs su être à l’écoute de son marché cible, en présentant à des passants dans la rue son premier projet d’affiche – et en comprenant à cette occasion que celle-ci échouait et clairement expliquer le concept de Valoo ! Ce qui a permis de repenser cette communication pour in fine présenter une campagne réellement efficace.

« Est-ce facile de travailler avec des assureurs traditionnels ? » 

Valoo comme Wilov sont associées à des grands groupes (la MAIF pour Valoo, Crédit Mutuel Arkea pour Wilov). On leur a donc évidemment posé la question centrale de ce à quoi ça ressemble pour une startup de travailler avec un mastodonte du secteur (question qu’on s’est déjà posé à l’occasion de cet article sur les POC).

S’ils constatent, sans surprise, des délais rallongés dans les chaînes de validation, David Gascoin et Pierre Stanislas se félicitent tous deux de travailler avec des partenaires pour qui « innovation » ne rime pas seulement avec « communication ». Pierre Stanislas a insisté, pour le succès d’une telle collaboration, sur l’importance d’avoir le bon point de contact dans le grand groupe et surtout « des décideurs qui décident » et sont en mesure de faire travailler les équipes en mode sprint et de suivre le budget alloué. En outre, se fixer des deadlines communes est pour lui essentiel. Cela peut semble évident mais certains l’oublient ! – « pas de deadline, pas de fin de projet », a résumé David Gascoin.

La révolution de l’expérience client

Parce qu’ils reposent la question du risque et de son évaluation, les systèmes d’assurance à la demande bouleversent la chaîne de valeur en remettant le client au centre. Contraints par le support (applications pour smartphone qui interdisent la complexité) à fournir un produit transparent, clair simple d’utilisation, soucieux de construire « quelque chose d’utile et qui dure » (Pierre Stanislas) et conscients de s’adresser davantage « à des usages qu’à des personnes » (David Gascoin), les deux entrepreneurs ont fait de l’expérience client le cœur de leur innovation.

En conclusion de la table-ronde, Philippe Tremoureux l’a ainsi résumé : « Avec ces deux applications, si disruption il y a, elle se situe au niveau de l’expérience client, qui est extrêmement simple, positive, et où le client consomme à son usage. Il prend le pouvoir. »

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