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Pourquoi l’open innovation est-elle devenue incontournable ?

Open innovation : pourquoi s’y mettre, et comment ? 

L’open innovation, ou innovation ouverte, a été formulée pour la première fois en 2003 dans un ouvrage d’Henry Chesbrough et s’est développée à partir des années 2010 grâce aux moyens offerts par le numérique. Elle désigne un processus d’innovation par lequel l’entreprise s’ouvre sur une diversité d’autres acteurs externes (chercheurs, entreprises partenaires, clients, étudiants, etc.) ou internes (salariés n’appartenant pas au service R&D) (definitions-marketing.com).

En gros, l’open innovation, c’est l’ère Meiji de l’entreprise : fini l’isolement, on s’ouvre à la modernité et, par conséquent, sur le monde.

Si l’innovation a en effet longtemps relevé du secret, avec des départements de R&D où on
n’entrait qu’après avoir composé un code de quatorze chiffres et s’être fait scanner son œil
et son auriculaire gauche, il est aujourd’hui entendu que les grandes entreprises ont
beaucoup à gagner à se connecter à leur écosystème.

Ok, c’est cool, mais j’y gagne quoi ?

Pour une entreprise traditionnelle, rester innovante peut s’avérer particulièrement laborieux :
lourdeur des process, organisation pyramidale, culture du secret… autant de mauvaises
habitudes qui interdisent une certaine agilité devenue nécessaire à l’innovation. Où trouver
alors ce bain de jouvence qui vous permettra d’épousseter tout ça et de rester à la pointe ?

Si on vous déconseille la méthode Élisabeth Báthory, on sait qu’avec l’open innovation pour
pourrez :

  • Au mieux créer des innovations de rupture, au pire ne pas vous laisser dépasser par vos concurrents,
  • Baisser vos frais de R&D,
  • Partager voire externaliser les risques liés à l’innovation…

…en résumé : améliorer votre résultat, car c’est bien entendu l’objectif principal de l’innovation. La rentabilité de l’innovation se mesure grâce au ROII (retour sur investissement
en innovation) qui s’obtient en divisant le résultat (cash flow) d’une innovation par
l’investissement qui a été nécessaire à obtenir ce résultat.

L’idée ici n’est donc bien entendu pas de faire de l’« open innovation washing » et de se contenter de nouer un vague partenariat avec une start-up, ce qui fera perdre du temps et de l’argent à tout le monde. Voici donc quelques trucs auxquels penser pour un passage réussi à une stratégie d’innovation ouverte.

Comment réussir la conversion de mon entreprise à l’open innovation ?

En changeant sa culture

Avant d’évoquer les partenariats noués entre grands comptes et start-ups, rappelons qu’on fait aussi de l’open innovation lorsqu’on choisit de mieux impliquer l’ensemble de ses salariés ou qu’on donne à ses clients l’opportunité de contribuer eux-mêmes à l’amélioration de ses produits.

Vos clients et vos collaborateurs sont en effet les premiers auxquels il est essentiel de « s’ouvrir ». En fait, comme l’explique Olivier Ezratty, peut-être faites-vous déjà de l’open
innovation sans le savoir : être à l’écoute de ses clients afin de s’inspirer d’eux pour
perpétuellement améliorer vos produits déjà existants (« innovation incrémentale »), c’est
déjà de l’innovation ouverte.

Quant à vos collaborateurs, s’ils doivent bien entendu se sentir concernés par le partenariat à venir, ils peuvent également devenir ceux par qui viendra l’innovation. Le tout est de savoir mobiliser cette ressource précieuse en sachant tirer tout le profit possible de l’intelligence collective.

Par ailleurs, il est essentiel de garder en tête que la transformation numérique est un
préalable indispensable avant de passer à l’open innovation. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les premières entreprises à avoir intégré des stratégies d’open innovation sont des
entreprises avec une forte culture de plateforme (Microsoft, Oracle, IBM…).

Bien entendu, se rapprocher des start-ups reste un des axes d’open innovation que privilégient le plus les entreprises. Pour ne citer qu’un exemple, la société de transport CMA CGM a répondu au problème de localisation de ses containers en investissant 2 millions d’euros pour développer avec la start-up TRAXENS un boitier qui se met dans les containers et les localise, au lieu de développer cet outil en interne. Cela a rapidement permis, par un gain de temps important, de réaliser des économies conséquentes sur toute la chaîne de transport.

En travaillant sa structure

La plupart des directions d’une entreprise qui souhaite se lancer dans l’innovation ouverte
doivent être impliquées dans ce projet, et ce bien au-delà du seul département d’open innovation. Ainsi, la communication et le marketing doivent prévoir un plan global qui permettra d’accompagner la transformation de façon à optimiser la recherche de nouveaux clients sans perdre les clients historiques.

Dans le cas d’une association avec une start-up, le service juridique doit quant à lui contribuer à la mise en place d’un cadre juridique agile, à même de proposer une réglementation souple mais protectrice pour les deux parties. La protection de la propriété industrielle et intellectuelle doit en effet être assurée aussi bien pour l’entreprise que pour la start-up.

Le service achat, qu’il est indispensable d’impliquer dans la décision d’un partenariat d’open innovation, doit lui aussi savoir s’adapter en sachant proposer un cadre contractuel souple et allégé dans lequel les start-ups pourront plus aisément se retrouver.

Enfin, les bénéfices pour les personnes qu’on souhaite attirer (bureaux, espaces, compétences) doivent être équivalent et mesurable : il s’agit bien ici de mettre en place un partenariat qui profitera à chacun.

Cas pratique : quatre exemples d’entreprises qui s’inscrivent avec succès dans une démarche d’innovation ouverte

Parmi les nombreuses entreprises qui se sont converties à l’innovation ouverte, en voici quatre qui ont su tirer le meilleur parti de cette réorganisation.

Orange

Ambition : Le Groupe Orange souhaite devenir « le premier opérateur de l’ère internet ».

Moyens : Orange soutient de nombreux programmes de recherche, a noué des partenariats
avec des start-ups, notamment à travers Orange Fab, « accélérateur international de start-
ups », a créé l’Orange Institute, think tank qui organise des ateliers dans les principaux pôles
d’innovation mondiaux…

Renault

Ambition : Le Groupe Renault souhaite se positionner comme acteur majeur d’une « nouvelle mobilité électrique, connectée et autonome ».

Moyens : Après avoir implanté en 2011 un Open Innovation Lab dans la Silicon Valley en 2011, le Groupe Renault en a créé deux autres en 2016, en Israël puis à Paris afin de travailler avec les start-ups, experts et universitaires les plus innovants.

Toshiba

Ambition : Toshiba cherche à promouvoir la technologie et à se montrer avant-gardiste sur ses éventuelles fusions-acquisitions.

Moyens : Toshiba a créé le salon Toshiba Open Innovation Fair au Japon, qui présente chaque année les innovations de l’internet des objets dans les cinq domaines suivants : énergie, infrastructure sociale, distribution, bâtiment / installation et fabrication.

Toshiba a été six fois classé dans le Thomson Reuters Derwent World Patents Index, le top 100 des entreprises mondiales les plus innovantes.

Sanofi

Ambitions : Sanofi souhaite se positionner sur la e-santé et donner un terrain pour se développer aux idées innovantes qui auparavant « ne trouvaient pas vraiment de point d’atterrissage dans [leur] organisation ».

Moyens : Sanofi cherche à incuber et accélérer les start-ups plutôt que de les acquérir, et s’est pour cela associé à différents incubateurs et hackathons et mis en place un partage de compétences avec les start-ups les plus innovantes en e-santé (aide à leur développement en échange de contrats spécifiques pour travailler en exclusivité avec elle).

Ces exemples, et il en existe beaucoup d’autres, montrent que l’innovation ouverte peut prendre de nombreuses formes et n’a de sens que si elle s’inscrit dans une transformation en profondeur de l’entreprise. Il n’existe pas en réalité d’entreprise ouverte ou d’entreprise fermée mais différents degrés d’ouverture parmi lesquels il conviendra de positionner votre entreprise pour lui faire accéder à la cure de jouvence que l’open innovation, en stimulant les échanges, la créativité et le partage de tout un écosystème, est à même de lui apporter.

 


Pour aller plus loin

Étude 

Premier baromètre de l’innovation ouverte du MEDEF (2014)

Articles en ligne 

Les Échos – L’open innovation : pourquoi, avec qui, comment ?

« Open innovation » : quand les grands groupes lorgnent les start-up – Tribune d’Olivier Ezratty dans Challenges

Article de BrainsWatt sur l’intelligence collective

Ouvrage 

Open innovation, Développez une culture ouverte et collaborative pour mieux innover, Martin Duval, Klaus-Peter Speidel, Dunod, 2014

Vidéo

Conférence de Nicolas Beretti sur l’innovation et la transformation digitale

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